Le cor – instrument de chasse, d'harmonie, omnitonique et à pistons

Instruments historiques

À l’origine, les cors jouaient « seulement » les sons naturels mais cela suffisait pour nombre d’œuvres grandioses du répertoire. Aujourd’hui, nous sommes habitués aux cors à pistons.

De 1750 à 1900, différentes solutions furent trouvées et mises en pratique afin de pouvoir jouer plus de notes que la série des sons naturels : boucher avec la main dans le pavillon, utiliser des clés comme sur les instruments à vent en bois, ou des pistons de tous genres et fonctions. La pratique d’exécution historiquement informée s’intéresse aujourd’hui à ces instruments de transition. Pour les interprètes, jouer ce répertoire sur des répliques d’instruments d’époque est une source d’inspiration (voir la vidéo ci-dessous).

Les cors – instruments de chasse, d'harmonie, omnitoniques et à pistons

Boucher le pavillon avec la main afin de jouer d’autres notes que les tons naturels ? Changer de tonalités grâce à divers tons de rechange ? Le cor omnitonique permet tout cela. L’histoire du cor est riche et variée au fil d’une évolution qui est loin d’être linéaire. L’instrument de l’époque baroque ou le cor pour lequel Mozart et d’autres compositeurs classiques ont écrit des concertos, de la musique de chambre et des traits d’orchestre sont fondamentalement différents du cor à pistons moderne.

Le Cor Chaussier

Dans les années 1880, le corniste Henri Chaussier élabora un de ces instruments de transition avec l’entreprise Millereau à Paris. Ce qui, au premier abord, semble à un cor à pistons est en fait un cor omnitonique : les notes entre les tons naturels sont obtenues essentiellement par la technique des sons bouchés et les pistons servent à changer de tonalités (jusqu’alors, il fallait utiliser des tons de rechange amovibles, opération délicate et chronophage). Les deux techniques de jeu peuvent aussi se combiner, il en résulte dans tous les cas une riche palette de timbres (voir la vidéo ce-dessous).
(pour accéder au projet de recherche...)

Vidéo : le « Cor Chaussier »

Dilemme de la conservation : Faut-il jouer les instruments historiques aujourd’hui ?

Si oui, ils risquent de se détériorer, comme la plupart des instruments de leur époque.
Si non, ne sont-ils pas déjà perdus en tant qu’instruments de musique ?

Les instruments historiques sont confrontés à un dilemme : si nous continuons à les jouer ou si nous les remettons en usage, ils s’abîment et certaines pièces doivent être remplacées. Au bout d’un certain temps, soit il ne reste plus rien d’original, soit l’instrument n’est plus jouable. Mais à l’inverse, si nous ne jouons plus les instruments originaux, si nous les condamnons au silence, ils deviennent de simples objets historiques qui témoignent de leur époque, certes, mais perdent leur spécificité sonore – c’est à dire leur raison d’être initiale.

Toutes les pièces de musée comportant des parties mobiles sont confrontées au même dilemme : utiliser ou conserver ? Le problème est fondamentalement insoluble. Les instruments à vent sont particulièrement menacés en raison de l’humidité du souffle. Le métal se corrode de l’intérieur, le bois peut se fendre.

Un projet de recherche de la HKB, en collaboration avec l’ETH de Zürich et le Musée national suisse, a étudié la corrosion à l’intérieur des instruments à vent en cuivre. Il a pu être démontré qu’à l’intérieur d’un instrument, l’humidité persiste pendant des semaines après utilisation (voir la vidéo ci-dessous). Cette humidité active donc la corrosion principalement pendant la période d’inutilisation. Un petit ventilateur peut empêcher le processus.
(accéder au projet de recherche...)

Intérieur d’un instrument à vent en cuivre : nettoyé (à gauche) ; après 7 mois d’utilisation quotidienne sans séchage (au centre) ; après 14 mois d’utilisation quotidienne sans séchage (à droite)
Intérieur d’un instrument à vent en cuivre : nettoyé (à gauche) ; après 7 mois d’utilisation quotidienne sans séchage (au centre) ; après 14 mois d’utilisation quotidienne sans séchage (à droite)

Cors restaurés et pratique historiquement informée

La HKB et le Musée sonore de Berne possèdent quelques cors qui peuvent être prêtés pour des projets d’interprétation historique. Pour toute demande : mail@fresh-wind.ch.

Exemples :

  • Cor Chaussier de Rainer Egger, Bâle 2016, d’après Millereau (pour en savoir plus...)
  • Cor vocal en ut/si b de François Millereau, Paris vers 1870, 3 pistons, argenté, avec caisse d’origine
  • Cor en fa de Raoux-Millereau, Paris, fin du 19ème siècle, 3 pistons
  • Cor de Jacques Couturier, Lyon vers 1870, 10 corps de rechange, 3 pistons
  • Cor en fa de Couesnon & Cie, Paris 1922, 3 pistons système ascendant
  • Cor à pistons en fa d’August Knopf, Markneukirchen, système dit Prager
Instruments restaurés : Cor vocal en ut / si b de François Millereau
Instruments restaurés : Cor vocal en ut / si b de François Millereau
Cor de Jacques Couturier, Lyon vers 1870, 10 corps de rechange, 3 pistons
Cor de Jacques Couturier, Lyon vers 1870, 10 corps de rechange, 3 pistons

Vidéo : Les cuivres d'époque pour « Le sacre du printemps » d'Igor Stravinsky